Les risques de transmission virale dans le cabinet dentaire
• Gillian M. McCarthy, BDS, M.Sc. •
http://www.cda-adc.ca/jadc/vol-66/issue-10/554.html
© J Can Dent Assoc 2000; 66:554-5,
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Outre les
pathogènes à diffusion hématogène (PDH) — virus de l’immunodéficience
humaine (VIH) et virus des hépatites B et C (VHB et VHC) — d’autres
virus soulèvent l’inquiétude dans le cabinet dentaire, notamment : les
virus de la rubéole, des oreillons et de la rougeole; les virus
herpétiques (herpes simplex [HSV] de types 1 et 2, le virus
varicelle-zona, le virus Epstein-Barr [EBV], le cytomegalovirus et le
virus herpétique humain 6); les papillomavirus; l’adénovirus; les virus
Coxsackie; et les virus des voies respiratoires supérieures (virus
grippaux A et B, parvovirus B19 et virus respiratoire syncytial). La
prévalence de la plupart de ces virus est de loin supérieure à celle des
PDH, et beaucoup posent un risque particulier pour la femme enceinte non
vaccinée1 et le patient immunodéprimé2. La
vaccination des travailleurs de la santé non immunisés est recommandée
afin de réduire les risques de contracter la rougeole, les oreillons, la
rubéole, la polio, la grippe, le varicelle-zona et le VHB3.
Le vaccin contre le varicelle-zona, récemment commercialisé, est
fortement recommandé pour ceux qui doivent traiter des enfants et des
patients immunodéprimés4.
Preuves de transmission
virale dans le cabinet dentaire
Les preuves de transmission virale sont
fondées sur les résultats d’études sur la séroprévalence, ainsi que sur
des enquêtes épidémiologiques et sur des études de cas.
Infections virales des
voies respiratoires
Les études sur la séroprévalence5
ont révélé chez les dentistes, par comparaison aux groupes de contrôle,
une prévalence accrue d’anticorps aux virus grippaux A et B, au virus
respiratoire syncytial et à l’adénovirus. On recommande au personnel des
cabinets dentaires de recevoir annuellement le vaccin contre la grippe
afin de diminuer les risques de transmission aux patients, aux collègues
et aux membres de la famille.
Virus herpétiques
Les virus herpétiques, excrétés par la salive,
provoquent des infections persistantes chez la plupart des gens. On
observe des taux élevés d’anticorps au virus EBV chez les dentistes et
les étudiants en dentisterie clinique par comparaison aux étudiants en
préclinique6. On a aussi observé la transmission du HSV des
patients aux travailleurs de la santé2,7,8 et du personnel
dentaire aux patients9, notamment une flambée de
gingivo-stomatites à HSV-1 chez 20 patients sur 46 traités par un
hygiéniste atteint d’un panaris pulpaire herpétique et qui ne portait
pas de gants. La transmission du HSV par l’entremise des pièces à main
dentaires a aussi été démontrée10. Les cas d’infections
herpétiques d’origine professionnelle sont moins fréquents depuis que
l’on utilise des barrières de protection personnelles.
Virus hépatiques
Les virus hépatiques dont il faut le plus se
méfier dans le cabinet dentaire sont le VHB, le VHC et le virus de
l’hépatite D (VHD). Ce dernier ne se manifeste qu’en co-infection avec
le VHB, et le vaccin contre le VHB confère aussi l’immunité contre le
VHD11. On sait que le virus de l’hépatite G (VHG) peut se
transmettre par une exposition percutanée au sang; cependant,
l’importance clinique du VHG demeure incertaine11. Le VHB et
le VHC se retrouvent à la fois dans la salive et dans le sang, et ils
soulèvent de grandes inquiétudes dans les cabinets dentaires.
Le VHB pose le plus grand danger pour le
personnel non vacciné. On a estimé que 6800 travailleurs de la santé non
vaccinés aux États-Unis sont infectés par le VHB chaque année, et
environ 100 d’entre eux mourront de la cirrhose, du cancer du foie ou de
l’hépatite fulminante12. Avant 1987, on a signalé des cas de
transmission virale de 14 chirurgiens et 9 dentistes, dont un chirurgien
buccal qui avait transmit le VHB à 55 patients13-16. Depuis
1987, on n’a signalé aucun cas de transmission du VHB par un dentiste,
probablement en raison d’une vaccination contre le VHB plus répandue et
du port des gants; chez les chirurgiens toutefois, on n’a observé aucune
diminution des cas de transmission virale signalés13. En
raison de mesures de contrôle des infections insuffisantes, un
traitement dentaire récent constituait un facteur de risque important
d’infection au VHB parmi les patients de Muldova17.
Cela confirme les résultats d’études antérieures sur les facteurs
de risque d’infection au VHB chez 5800 travailleurs de la santé en
Italie18 et chez des patients en Grande-Bretagne19.
Comme le pouvoir infectieux du VHC est
moindre que celui du VHB, la vaccination contre ce virus est moins
répandue, et on s’inquiète de plus en plus de ses risques de
transmission. Les études sur la séroprévalence démontrent que les
chirurgiens buccaux courent un risque accru de contracter une infection
au VHC, surtout dans les régions où le taux d’incidence est élevé20-21.
On note aussi que le traitement dentaire est étroitement relié à la
présence d’anticorps au VHC chez les patients atteints d’hépatite non A
et non B aiguë sans antécédents de transfusion sanguine ni d’usage de
drogues injectables par voie intraveineuse22.
VIH
Selon le laboratoire de santé publique23,
en juin 1999, on comptait 319 cas d’infection au VIH d’origine
professionnelle parmi les travailleurs de la santé dans le monde. Parmi
ceux-ci, 102 ont été confirmés (résultat négatif au test de la valeur de
base du VIH après l’exposition, avec séroconversion subséquente, ou
sous-typage ou génotypage pour déceler une souche identique du VIH à la
source et chez les personnes exposées). Sur 217 cas possibles ou
probables, 9 concernaient des employés de cabinets dentaires. On a
signalé 2 cas de transmission du VIH de travailleurs de la santé aux
patients : un dentiste de la Floride pourrait avoir transmis le VIH à 6
patients24-26 et, plus récemment, un chirurgien orthopédique
a transmis le VIH à un patient27. La transmission iatrogène
du VIH à 934 patients a été signalée, et la cause serait principalement
un contrôle des infections insuffisant23; cependant, il faut
noter l’omission du très grand nombre de receveurs de sang et de
produits sanguins qui ont été infectés par le VIH. Une enquête sur une
poussée de 14 cas d’infection au VIH dans un service de dialyse en
Colombie a révélé que seules les procédures dentaires invasives étaient
fortement reliées à la transmission du VIH. On a conclu que la
transmission s’était faite de patient à patient par l’entremise
d’instruments dentaires contaminés28.
L’exposition du dentiste
aux pathogènes à diffusion hématogène
Les blessures percutanées et les
éclaboussures de sang dans les yeux, le nez ou la bouche sont fréquentes
pendant les traitements dentaires. En moyenne, les dentistes canadiens
rapportent 3 blessures percutanées et 1,5 exposition par voie muqueuse
annuellement29. Les orthodontistes rapportent le plus souvent
des blessures percutanées (4,9 par année), et les chirurgiens buccaux le
plus grand nombre d’éclaboussures de sang dans les yeux, le nez ou la
bouche (1,8 par année). Au cours d’une année, 0,5 % des dentistes
canadiens signalent une exposition au VIH (alors qu’un autre 14 % est
incertain du statut séropositif du patient source), 0,8 % une exposition
au VHB (15 % incertain) et 1,9 % une exposition au sang d’un patient à
risque élevé (17 % incertain). Il est probable que les cas de
transmission du VIH et du VHB soient sous-évalués en raison de
l’incertitude quant à l’état sérologique du patient et des erreurs
systématiques de non déclaration. Les risques de transmission du VHB, du
VHC et du VIH consécutive à une blessure avec aiguille contaminée sont
d’environ 30 % (VHB lorsque la personne source teste positif pour
l’antigène e), 3 % (VHC) et 0,3 % (VIH).
Conclusion
Beaucoup de cas de transmission ne sont
toutefois pas documentés. Beaucoup ne sont pas reconnus à cause
d’infections subcliniques (la moitié des infections aiguës au VHB sont
subcliniques), de la difficulté de lier des cas sporadiques isolés à un
travailleur de la santé, et des degrés variés d’exécution de la
surveillance d’une juridiction à une autre. On omet aussi de déclarer
des cas par souci de confidentialité et en raison des contraintes quant
aux ressources, ce qui inclut le temps que nécessitent les enquêtes
épidémiologiques et les coûts qu’elles engendrent. Aussi, plus un virus
est présent dans la population en général, plus il est difficile de
retracer la source de la transmission dans un cas particulier.
Il est évident que le risque de transmission
virale est grand dans les cabinets dentaires. La transmission du VHB, du
VIH et du VHC a été signalée dans les cabinets, et le personnel qui
n’est pas vacciné contre le VHB est particulièrement vulnérable. On sait
aussi que les virus des voies respiratoires supérieures et les virus
herpétiques se transmettent dans les cabinets dentaires. Il est clair
qu’il faut diminuer les expositions au sang parmi les dentistes si l’on
veut réduire les risques d’infections aux PDH d’origine professionnelle.
Le Dr McCarthy est
professeure agrégée à l’École de médecine dentaire, Département
d’épidémiologie et de biostatistique, Faculté de médecine et de
dentisterie, Université Western Ontario.
Écrire au :
Dr Gillian McCarthy, École de médecine dentaire, Faculté de
médecine et de dentisterie, Université Western Ontario, Bâtiment des
sciences dentaires, London, ON N6A 5C1. Courriel :
gmccarth@julian.uwo.ca.
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